Quand on naît dans le mauvais pays

  • Il faut rectifier le tir coûte que coûte ou moisir frustré...
  • Je veux concrétiser en Thaïlande MON mode de vie
  • Ce à quoi je crois, qui me travaille depuis 40 ans les tripes

Chapitre 17 : Amour des chats - 2 belles histoires dans les rues de Bangkok

 

 

Après trois mois de présence à Bangkok, me voilà en route pour le Costa Rica. J'écris depuis ma chambre d'hôtel à Madrid où j'ai fait une halte. Mon premier voyage m'a rendu happy. Emirates m'a upgradé en business pour cause de full booking.

Je suis arrivé à leur comptoir accompagné de Thai Elite VIP avec le gars pour les bagages et le gars pour mon passeport. J'aime bien le délire à chaque fois. Ca fait milliardaire. C'est rigolo. Le Thai élite boy a grillé la file (il y avait facilement 75 personnes en attente) et m'a imposé sur le business comptoir. J'ai demandé une place allée et la nana a pris un regard désolé.

Je suis vraiment désolée. Toutes les places allée sont prises. En revanche, ce que je peux faire, c'est vous mettre en business. Cela vous convient ?

Ba écoutes, vas y. Fais péter la business... si ca peut arranger ton problème héhhéhéhéhéhé. Une business à 650 euros... rentable...

Derrière, j'ai vu deux bons films d'espionnage. J'adore les films d'espionnage. Le premier avec l'excellentissime Philip Seymour Hoffman dans the most wanted man. Et le deuxième avec The november man et l'ex james bond Pierce Brossman.

Et j'ai reconnecté avec l'Europe. Madrid 14 janvier. Plein hiver. Pas de lumière dans le ciel comme dans les pays tropicaux. Les rues désertes. Le froid qui agresse tout mon corps. Oh secours... Comment j'ai pu traîner dans cet enfer aussi longtemps...

Il est 3h00 du matin. En plein décalage horaire, j'ai commencé à écrire pour passer le temps. Vivement demain midi et le décollage pour le Costa Rica. En business là aussi... c'est déjà booké. Je vais encore picoler comme un trou et ne rien voir du voyage... ils ont un petit blanc malaga sur la business iberia. Ca déboite tout. Oscar m'attend avec le trooper à l'atterrisage. Je vais être frais !

 

Bon revenons à mon présent à Madrid.

 

Question : quel est l'évènement le plus intéressant de ces trois derniers mois à Bangkok ?

 

Je n'ai pas mis longtemps à le trouver.

Le volet « sacré » de ma vie a disparu depuis 2010. Entre 2010 et 2013, j'ai été tellement dégouté par la vie que j'ai tout refermé à l'intérieur. Une partie de moi est morte avec ce que j'ai vécu... Il faudrait une fée magique pour me redonner vie ! Et le monde magique de dieu, j'en ai soupé !

Je joue désormais un jeu dans ce monde moderne dans lequel je ne me reconnais pourtant pas. Un jeu d'adulte. Je gagne du pognon. Pratiquement 25,000 euros nets en pouvoir d'achat par mois, tous les mois. C'est distrayant. Cela m'amuse. Maintenant, je ne me fais aucune illusion. Je joue avec les règles du jeu, mais je ne suis pas heureux. Je ne crois pas une seule seconde à tout ce que je fais.

Contrairement à avant, où je croyais.

Croire, telle est finalement la clef. Avoir la foi.

Je ne l'ai plus. J'ai déserté les rangs.

J'ai regardé la TV ce soir. Une enquête sur la bouffe industrielle. 75% environ des plats servis en restaurants ne sont que des sous vides préparés industriellement. Certains sont réchauffés au micro onde. D'autres exigent un peu de cuisson. Mais il n'y a plus aucune cuisine, aucune transformation de produits bruts. Les consommateurs vont au resto pour avaler de la merde chimique en cherchant à se convaincre qu'ils sont au resto pour se faire plaisir et déguster... Tous les goûts sont articiels d'origine chimique !

Je ne me reconnais pas dans ce monde occidental, dans ces mensonges perpétuels, dans ces illusions. Je fais des choses, comme tout occidental, je participe à cette comédie d'une manière ou d'une autre, mais au fond de moi, je suis toujours triste. Toujours.

Voilà, je n'y crois plus... et le bonheur exige d'y croire. Je suis coincé !

Sauf que Bangkok m'a apporté au cours du dernier mois, deux joies du cœur totalement inattendues.

Un peu de sacré dans cet océan de compromis.


 

Premier événement.

J'étais dans ma rue, la soi 12 en train de marcher un soir. Cette rue a la caractéristique d'être très étroite. Impossible de croiser deux voitures sans y aller au ralenti.

Je vois au loin un chat de la rue, un beige plein de poils longs. Il est assez beau. Je le connais depuis le temps. Il marche de mon côté. Au loin, je vois le tuk tuk de l'hôtel voisin RAMADA qui blinde en rentrant.

Mon cerveau m'envoit une alerte immédiate. L'équation n'est pas bonne. Je reçois l'image d'un accident potentiel entre le chat et le tuk tuk.

Je m'arrête de marcher. J'analyse.

Le chat arrive sur moi. Il ne me connaît pas. Il va forcément vouloir m'éviter en traversant. L'autre dans son tuk tuk bourrine trop vite. Ils vont se télescoper.

Quelques secondes s'écoulent.

Le chat est à moins de 25m de moi. Il lève ses yeux sur moi et change de trajectoire. Mes oreilles entendent le hurlement du moteur du tuk tuk qui est à son maxi.

La scène se met en place alors que je la connais déjà depuis au moins 5 secondes. C'est très bizarre à vivre.

Je suis immobilisé et je me maudis déjà de ne pas avoir traversé. Je ne l'ai pas fait parce que je n'y crois plus. Je ne crois plus à moi. Je ne veux plus entendre parler de mes flashs intuitifs (pour cause de 2010/2013) et je ne veux plus être connecté au monde. Cette volonté de déconnexion basée sur ma colère est en train de provoquer un accident.

Avec un chat putain !

L'horreur. Je me maudis vraiment à cet instant là.

Le tuk tuk arrive vite. Le chat pige qu'il a le choix entre le tuk tuk ou me croiser et il décide mal. Il se met à courir en plein milieu de la route, devant le tuk tuk.

Et c'est là que le sacré intervient. Le mec n'a virtuellement aucun moyen de l'éviter. Il va pourtant tenter l'impossible. Il va piler comme un malade et perdre le contrôle du tuk tuk. Roues bloquées, le bordel part en travers et glisse.

Le chat est en total panique. Il tente de tourner à droite ou à gauche, mais le vacarme du tuk tuk en plein freinage le panique. Il revient systématiquement au milieu de la route ce con. La distance se réduit entre les deux. Je suis tétanisé. Cela se joue à pas grand chose. Moins de 50cm.

Et je vois ce petit thai qui fait tout pour l'éviter en se mettant en danger physiquement. Il tente de garder un semblant de contrôler à sa machine tout en laissant au chat une chance de s'en sortir, alors que la route est vraiment étroite.

La scène dure. Chaque seconde est longue. Le chat finit après sa longue course par prendre une décision et sauter sur la droite.

Puis le tuk tuk finit par s'immobiliser également.

On a frôlé la cata des deux côtés. Tout le monde s'en sort.

Je suis rempli de respect pour le conducteur du tuk tuk. Il a tout fait et a pris des risques importants pour éviter la mort d'un chat. Franchement, il s'est battu avec son engin au risque d'entrer en collision avec un mur.

Quand à moi, je ne bouge toujours pas. Je croule sous mes questions perso. Je suis la cause de l'évènement. Je l'ai vu arriver. J'ai laissé faire. C'est comme un test.

Les chats sont les derniers trucs auxquels je crois dans ma vie. Je préfère abandonner ma colère contre l'intuition que de sacrifier un seul chat.

La vie vient de m'envoyer un signal avec ce conflit, ce dilemme que je n'ai pas résolu.


 

...Ceci fait suite à une autre expérience vécue quelques jours avant.

 

 

J'ai l'habitude de faire mon sport tard vers 21h00. Dans notre résidence, depuis quelques semaines, court dans tous les sens 5 ou 6 bébés chats. Des petites crottes sur pattes de deux mois environ.

Un soir où je faisais ma cardio arrive l'un des 4 gardiens de notre immeuble. Suivi par toutes les petites crottes qui se frottent et se frottent à lui. Il leur donne à manger. Il fait des tas de croquettes pour chacun des chats, s'écarte et se met à les regarder manger pendant un bon quart d'heure.

Je croise son regard. Ce regard va me tuer sur place.

Il est rempli d'étoiles. Je capte un immense amour. Je sais ce qu'on peut ressentir quand on nourrit un animal (moi qui passe mon temps à nourrir les femmes... hahahahaha).

Blague à part.

Ce gardien doit gagner à tout casser 100 à 200 euros par mois. Il n'a rien. Il vit dans la pauvreté. La vraie. Et pourtant, ce mec se démerde pour nourrir des chats sauvages du quartier. Et moi comme un con, je ne suis même pas foutu de faire pareil avec tout mon pognon alors que fondamentalement, je crois plus que tout à ce que ce gardien est en train de faire.

Je me prends une claque monumentale. Je suis en face de mes contradictions et conflits.

Mon cœur s'ouvre en grand. Je trouve sacré de voir qu'un mec totalement démuni prenne soin de chatons sauvages, dans un énorme geste d'amour, car il y a donner à manger et donner à manger. Toute la clef est dans l'investissement, la manière dont on le fait au delà du fait que ce gars doit sacrifier une partie conséquente de son pouvoir d'achat juste pour des chats sauvages.

Il est clairement en train de tout donner. Son cœur, je l'ai capté, est plein de joie. Simple, pure, beau grand ouvert.

Voilà enfin quelque chose qui a du sens dans mon bordel d'hypocrite qui fait du compromis !

Nos regards se sont croisés. Il sait que j'aime les chats. Je l'ai présenté à mon chat quelques semaines plus tôt. Dans notre contact au moment où on croise nos regards, nous sommes comme deux mecs capables de se foutre à poil complet devant ces 4 pattes. Lui et moi le savons. Plus aucune triche, ni barrière sociale.

Sauf que lui, agit là où moi, je ne fais rien.

 

Je prends la décision sur le champ de changer.

 

Dès le lendemain, j'ai mis en place l'achat de croquettes pour que ce gardien puisse continuer à éprouver sa joie de nourrir ces châtons tout en gardant son précieux et maigre argent pour sa propre vie. Il ne parle pas un mot d'anglais. Et moi le thaï, c'est mission impossible. Je crois que je parviens à mieux identifier le chinois et le japonais en phonétique que le thaï. Cette langue m'est totalement étrangère. Les sons me paraissent tous étranges.

Alors on utilise les yeux. Parce que le langage du cœur est universel. Il n'y a pas besoin de mots.

Un contact spécial s'est établi entre ce gardien et moi. Un contact basé sur un truc qui pue pas de la gueule comme à peu près tout ce qui compose ma vie... Un contact sacré. Les semaines ont passé et j'ai constaté avec plaisir que quand on se croise, notre regard n'a pas changé.

Je lui ai livré plus de 10kg de croquettes pour qu'il puisse gérer mon absence au Costa Rica.

Au delà, m'occuper des chats errants de mon quartier me branche. Cela fait des années que cette idée me trotte dans la tête. J'ai toujours aimé un univers de vie immédiat rempli de plantes tropicales et de chats... J'hésite sur la forme à donner. Un parc avec une centaine de chats du monde entier, des plantes et des fruits tropicaux partout ? Un café à chats comme au Japon ?

Affaire à suivre !